Je vis du souvenir des hommes, mes amants
d’autrefois, ceux pour qui je dépêchais des sources,
ceux qui grimpaient les flancs de ma montagne aux ours,
m’appelaient l’allongée, la terre indécemment
ouverte sous l’élan sans repos de leur course.
Je vis du souvenir des amours, des chevaux
de sang cabré, des bondissants qui m’emportèrent,
reniflant mes toisons, y cherchant le mystère
dont je détresse encore aujourd’hui l’écheveau
dans ma fuite avortée, pâle écho solitaire.
Il me reste les fleurs, leurs pétales mouillés
du chuchotis d’anciens parfums dans ma mémoire ;
il me reste un buisson qu’agite au gré du soir
le doigt du vent d’hier — mais on l’a dépouillé
de ces chercheurs de ciel qui me versaient à boire.
De mon sommeil, en somme.
Je vis du souvenir des hommes,
mes histoires…
Mes histoires
Catégories : Alexandrins (12 pieds)